C'est à la nuit tombée, que
certaines ruines et anciennes usines de coutellerie sont éclairées
par des installations luminaires que la municipalité a installées
au début des années 2000.
L'usine du Creux-de-l'enfer, est quant à
elle illuminée de lumières rougeâtres, un diable projeté sur sa
façade, scande ses reflets pour mieux rappeler le passé macabre du
lieu.
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Haut de la cascade. |
Je partais seul pour
capturer quelques clichés nocturnes de la vallée et plus
particulièrement de cette usine désaffectée. Il faisait très
sombre et la Durolle, rivière sauvage, lançait dans la nuit des
sons à me glacer le sang. Mon vélo était garé à seulement 500
mètres de ma position et malgré une température relativement
basse, voire trop basse pour une belle nuit d'été, mon désir de
redécouvrir cet endroit que je connaissais seulement de jour était
grandissant à chacun de mes pas.

C'est vers minuit trente que la
forme imposante de ce fameux diable projeté au-dessus de la rivière,
sur la façade de l'usine, provoqua en moi une envie irrépressible
de le capturer avec mon objectif. C'est ce que je fis, sans hésiter.
A presque une heure du
matin, mon téléphone, sans recevoir d'appel téléphonique, lança
dans le calme de la nuit et le bruit du torrent, une chanson de
Dalida que je ne connaissais pas, même si je connaissais bien
l'interprète. Le titre «Pour en arriver là», renforça la
peur déjà présente en moi. J'éteignis mon téléphone, soulagé
de ce dérangement qui n'avait fait que renforcer en moi le côté
glauque de ma visite nocturne.

Quelques secondes plus
tard, toutes les lumières de la ville s'éteignirent. Je savais qu'à
compter de cette heure précise, la municipalité stoppait toute
luminosité sur la commune. Mais j'étais seul dans la vallée,
désormais éclairé seulement par la seule lumière de la lune. La
Durolle crachais toujours autant de bruits,
l'eau se fracassait contre les parois rocheuses au fin fond de cette
entrailles à ciel ouvert. J'avais en moi l'envie de rejoindre mon
vélo et de rentrer chez moi, loin de ce décor macabre. Je marchais
dans un environnement mortuaire sur la route qui suivait toujours
cette maudite rivière.
Tout à coup, mes yeux
se posèrent sur une usine désaffectée, de l'autre côté de cette
eau déchaînée. Une lueur blanchâtre s'imposa, elle provenait de
l'intérieur de la ruine. Je saisis mon appareil, ajusta mon zoom
optique, afin de voir au plus près ce qu'il en était vraiment de
cette apparition dans la nuit.

C'est alors que je vis des ouvriers,
tout droit sortis des années 30, qui montaient des couteaux dans cet
atelier, fermé pourtant depuis près de 50 années.
Capturer ce moment
unique, tel était mon souhait le plus cher, mais ce maudit appareil
refusa cette photo que je voulais plus que tout. Le flash se
déclencha, mais impossible d'immortaliser ce moment inédit. Mais ce
qui se produisit me laissa sans mouvement. Tous les visages des
ouvriers se figèrent sur moi. Je compris alors que rien n'était
vivant.
Mais au même moment, des gens, semblables aux ouvriers se
rapprochèrent de moi, tandis que ceux de l'usine reprenaient leurs
tâches. Ces hommes, qui provenaient de l'endroit où j'avais garé
mon vélo avaient dans leurs mains des couteaux bien aiguisés, des
fusils et des lanternes. Ils se dirigeaient sur moi et je compris
alors qu'ils n'étaient pas ici par hasard, et que ma présence les
gênaient.

Je me revois encore aujourd'hui en train de courir au plus
vite, en direction de l'usine du Creux-de-l'enfer un peu plus en
amont de la rivière, pour me cacher dans un entrepôt désaffecté,
qui donnait une vue d'ensemble sur l'usine qui est alors de l'autre
côté de la rivière.
J'attendis quelques
minutes et toujours dans un noir complet je regardais par la fenêtre
pour voir si les lueurs de ces choses éclairées par les rayons de
la pleine lune étaient toujours présentes, mais aucune trace
n'était visible et elles semblaient même avoir disparues.

Dans mon
champ de vision, une épaisse fumée sortie du
Creux-de-l'enfer, alors que tous les luminaires de la ville étaient
éteins. Je me rendis compte que le bâtiment en lui-même éclairait
les lieux. Au troisième étage, une lueur blanchâtre attira mon
regard. Une femme pleurait, le désespoir sur son visage, elle
suppliait à une autre personne d'arrêter et n'avait de cesse de
répéter:
«Tu vas pas en arriver là?». La chanson de
Dalida, qui était apparue quelques minutes auparavant s'imposa à
mon esprit comme un guide spirituel et je compris la signification de
cette apparition musicale au cœur de la nuit.
La femme semblait
s'approcher de force de la fenêtre, debout, face au vide, avec en
son fond, la grande cascade et le torrent tonitruant de la Durolle.
Avant d'être poussée hors du bâtiment qui l'abritait sans la
protéger, elle se tourna vers moi, seule, debout près de la rivière
et me lança : «Toi seul connaîtra la vérité!».
Je m'approchais de la rampe de sécurité, aussi vite que mes jambes pouvaient me porter, mais aucun corps n'était visible dans le creux de cette rivière en furie. Les yeux levés vers la fenêtre d'où était tombée la femme, j'aperçus l'autre personne, assise sur le rebord de la fenêtre. Il me regardait fixement. C'était l'homme qui l'avait poussée quelques instants auparavant. Et cet homme c'était moi.
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